March 30th, 2006
Basic Instinct 2
Interview
Interview: Frank Rousseau
www.cinetelerevue.be
On a beau la reluquer sous toutes les coutures, la décortiquer du regard, la passer au rayon X imaginaire, lorsqu’elle arrive en pantalon et veste cintrée noirs au «Four Seasons Hotel» de Beverly Hills pour nous «vendre» son grand come-back dans «Basic instinct 2», la première chose qui nous saute aux yeux, c’est que le sex-appeal de Sharon Stone ne s’est aucunement émoussé ces dernières années. Une évidence. Comme deux et deux font quatre. Alors, bien sûr, on songe à la chirurgie esthétique. Que nenni! A l’usage intensif de produits cosmétiques, alors? Possible. Depuis qu’elle est la nouvelle égérie de Dior, l’actrice a dû tomber dans un méga-pot de crème, absorbant ainsi tout le contenu par les pores! En attendant, elle défie les lois du temps tout en illustrant parfaitement l’éternel credo de la marque française, à savoir: non aux rides! Des rides, la star aurait pourtant dû en avoir. Et des bien profondes! Voilà quarante-huit ans, en effet, que notre ex-Miss Pennsylvanie roule sa bosse sur des chemins cabossés, souvent hasardeux et pas toujours pavés de bonnes intentions. Reste que, aussi attirante qu'elle fût à la ville comme à l’écran, madame Stone a développé au fil des ans une véritable paranoïa à l’égard du sexe dit fort. Pas fichue de garder un mec plus de trois mois, la garce jetait ses soupirants aussi vite que ses petites culottes. Pour Frank Sanello, auteur d’une biographie non autorisée sur l’actrice («Naked instinct»), il n’y a pas photo: «Si elle envoyait paître si promptement ses amants, c’est qu’elle avait peur d’être elle-même plaquée!» C’est d’ailleurs ce qui lui arrivera avec Phil Bronstein, puisque le journaliste demandera le divorce. Mais qu’importe, notre dame a su se reconstruire. Plus que jamais, elle est la Marylin du troisième millénaire: fière, indépendante, charitable, belle, la tête sur les épaules, passionnée et un soupçon caractérielle…
Ce film nous montre que vous n’avez rien perdu de votre sex-appeal. Dans la vie de tous les jours, êtes-vous aussi peu inhibée?
La nudité ne me gêne pas lorsqu’elle est artistique. C’est généralement le cas au cinéma. Je pourrais descendre Sunset Boulevard sans rien sur moi, si le film l’impose et si c’est opportun. D’un autre côté, je déplore que certaines personnes s’imaginent qu’un film fera plus d’entrées si on me voit déshabillée que si je garde mes fringues du début jusqu’à la fin. Vous savez, ça n’a pas l’air comme ça, mais je suis finalement quelqu’un d’assez pudique… J’ai beaucoup de mal à regarder, par exemple, ces jeunes femmes d’aujourd’hui avec des robes taillées si juste qu’on voit leurs seins quasiment vous exploser au visage. Ce genre de racolage me choque et m’horrifie. Je trouve cela sensiblement plus provocant que si elles traversaient cette pièce à poil! Et que dire des jeans taille basse avec vue sur le string quand ces demoiselles se baissent! Mais j’imagine que les hommes ont un avis différent sur la question! (Rires.) Il n’en faut pas plus, parfois, pour les mettre en transe. Ça prouve qu’ils ne sont plus très exigeants…
Est-il vrai que pour le tournage des scènes chaudes de «B.I. 2», le studio vous avait proposé une doublure?
Vrai! Mais j’ai décliné l’offre. On ne me fait pas ce genre de choses, à moi! (Rires.)
Quatorze ans après le premier opus, je présume que vous avez dû vous préparer pour ce rôle… Avez-vous suivi un régime spécifique, passé plus de temps dans une salle de gym?
Non. Je n’ai pas attendu ce tournage pour me maintenir en forme. Vous savez, je ne me prends pas la tête quand je sens que je dois faire fondre un peu mes hanches ou mon ventre. Figurez-vous que tous mes vêtements sont de taille 36! Dès que je ne rentre plus dans mes pantalons, je sais que je n’ai plus d’autre solution que de faire de la gym, ce qui n’est pas toujours évident, je dois l’admettre. Je suis une gourmande. J’ai même une fâcheuse tendance à finir les assiettes de mes fils! N’oubliez pas que je suis une fille de la campagne, et à la campagne, on n’aime pas gaspiller! D’un autre côté, j’essaie aussi de me convaincre que je trouverai toujours du travail, même si je pèse 100 kilos. Du moment que j’ai une histoire à raconter…
Comme votre carrière, vous avez connu des hauts et des bas sur la balance?
Exactement! Lorsque j’étais plus jeune, mon poids pouvait varier de vingt kilos. Je faisais le yoyo. Plus tard, quand j’ai été mannequin, j’étais comme toutes les filles: obsédée par la minceur et par la table des calories! J’ai suivi tous les régimes, testé toutes les méthodes d’amaigrissement soi-disant révolutionnaires. Résultat: j’ai fichu mon métabolisme en l’air. Vers l’âge de 32 ans, j’ai décidé qu’au lieu d’être contrôlée par mon poids, c’est moi qui allais le contrôler.
Rester «glamour», ça signifie quoi pour Sharon Stone?
Le glamour est une invention. Un truc virtuel. Lorsque je traverse la rue, le trafic ne s’arrête pas pour moi! Etre glamour, ce n’est pas nécessairement porter une rivière de diamants de plusieurs millions de dollars ou une robe en soie fendue jusqu’au string. Etre glamour, ça peut être aussi une attitude, une manière de bouger, de sourire ou de doser les silences! Le glamour n’a rien à voir avec l’âge. Il suffit de regarder Jeanne Moreau ou Anouk Aimée pour s’en convaincre. Une femme, c’est comme une bonne bouteille de bordeaux. Elle se bonifie avec l’âge, même si l’étiquette commence un peu à se décoller! (Rires.)
Vous avez traîné devant les tribunaux un chirurgien plasticien qui affirmait que vous étiez passée sous le scalpel. Pourquoi avoir réagi ainsi? Après tout, vous auriez pu laisser passer…
Mais parce que c’était une contre-vérité, un mensonge! J’ai même trouvé ces déclarations calomnieuses et assez immorales. La justice m’a finalement donné raison. Le praticien en question a été condamné à opérer gratuitement des enfants nés avec des déformations du visage. Ne vous méprenez pas, je ne fais, pour ma part, aucun procès à la chirurgie esthétique. A 19 ans, j’avais moi-même fait appel à un spécialiste pour qu’il me fasse disparaître une vilaine cicatrice située sur le cou. Mais pour l’heure, je ne ressens pas le désir d’améliorer quoi que ce soit chez moi. Je me sens en parfaite harmonie avec moi-même…
C’est facile de faire ce genre de déclarations avec le corps et les atouts physiques que vous avez!
Je vous le concède: je suis très mal placée pour me plaindre. Mais je tiens néanmoins à dire qu’en aucun cas, la beauté ou l’âge ne déterminent le sex-appeal. Quelque chose qu’on a ou qu’on n’a pas. Pour se sentir bien dans sa peau, il faut premièrement cesser de vouloir s’identifier à quelqu’un. Qui dit identification dit uniformisation. Quand j’entends et que je vois toutes ces femmes qui calquent leur mode de vie et leur look sur une personnalité, je trouve cela pathétique. Moi, je n’ai jamais suivi aucun diktat. Je fais confiance à mon intuition, c’est tout. Prenez la mode. Pourquoi devrais-je m’habiller comme ci ou comme ça? Parce que c’est tendance? Mais je me fiche de la tendance! Ce qui est important, c’est de montrer que vous êtes différente des autres et que vous savez faire appel à votre imagination. Si j’ai envie de porter un jogging léopard avec des escarpins jaune fluo pour me rendre à une soirée, pourquoi pas! C’est en jouant la carte de l’originalité que l’on ne passe pas inaperçue.
Comment avez-vous réagi après avoir été récemment élue la femme de plus de 40 ans la plus sexy au monde, devant Elle MacPherson, Madonna et Diane Lane?
J’ai été ravie. Mais le plus beau des compliments, c’est celui que m’a fait mon vieil ami Sylvester Stallone. Dans son magazine, «Sly», il a écrit que mon influence sur la libido des hommes rivalisait avec celle du Viagra!
Et les hommes d’aujourd’hui, vous en pensez quoi?
Quels hommes? Les vrais ont disparu depuis belle lurette! (Rires.) Ils ont déjà du mal, les chéris, à se gérer eux-mêmes, alors «gérer» une bonne femme, vous n’y pensez pas! Ils en sont bien incapables!
Avez-vous retrouvé une épaule compatissante depuis votre divorce d’avec Phil Bronstein?
Comme je l’ai déjà dit, lorsque vous atteignez un certain âge, vous acquérez une sorte de sixième sens qui vous permet de détecter ce qui est bon ou non pour vous. Pour l’heure, mon radar sentimental doit être en panne!
Mais une présence masculine ne vous manque pas?
Je n’ai pas besoin d’un homme pour me sentir bien. Des hommes, j’en ai deux à la maison: mes fils. Et puis, quand je ressens le besoin de caresser une touffe de poils, je me rabats sur mon chat. C’est un excellent substitut, une compagnie plutôt silencieuse et qui me procure beaucoup de bien! Tout ça pour vous dire que l’amour viendra à moi ou ne viendra pas! J’ai, en effet, décidé de ne pas le provoquer. D’être en quelque sorte «passive» . Bref, je ne tire aucun plan sur la comète! Ce qui est sûr aussi, c’est que le mec qui me fera du charme devra aussi convaincre mes garçons. Sharon Stone, c’est un lot, aujourd’hui! Un package! Pour décrocher la blonde, il faudra déjà être capable d’intégrer mes enfants dans cette relation! Ce n’est pas gagné d’avance! Et puis, je fais peur aux hommes! Ils sont terrorisés quand ils me voient. Comme s’ils craignaient que je leur plante un pic à glace entre les deux omoplates! Je ne suis pas sûre non plus qu’un homme apprécierait de voir la chambre à coucher métamorphosée en succursale de magasin de jouets…
Et pensez-vous adopter une petite fille dans le futur?
Non! Je suis définitivement la mère de petits mecs!
Excusez-moi de vous faire cette remarque, mais votre mère a déclaré un jour qu’il y avait des gènes merveilleux dans la famille Stone: ce n’est pas en adoptant que vous pourrez les transmettre…
Je ne suis pas d’accord. On n’a pas besoin des gènes pour transmettre certaines valeurs, pour donner de l’amour, pour faire en sorte que les enfants soient heureux et pleinement épanouis. Je vous rappelle aussi que je n’ai pas de partenaire pour envisager une éventuelle procréation naturelle! Personnellement, je fais partie de ces femmes qui croient que l’adoption est l’autre «chemin» montré par Dieu pour donner vie à un enfant. Je suis convaincue que ma famille et mes amis sont sur la même longueur d’onde que moi.
Del.icious
XHTML
1.0
CSS